dimanche 1 janvier 2012

Reprise de communication

La vue depuis mon bureau a changé: en bas, ce ne sont plus les lascars de la cité voisine et les néo-bellevillois qui se croisent sans se rencontrer, juste les eaux de la Vienne qui roulent et parfois l'envol lent du héron…
On a déménagé, on a mal au dos, on est content d'être là…
…surtout qu'on a la gare en face, juste de l'autre côté de la rivière: tandis que derrière soi, le plateau de Millevaches nous attend avec ses cèpes hors saison et ses gens bien en toute saison, devant, à dix minutes à pied, on peut prendre le chemin de fer pour le reste du monde.
On se permet ici de communiquer des nouvelles personnelles, pour expliquer l'interruption de l'image qui a même suscité l'inquiétude de quelques amis (bises de bonne année à Jérôme). Parmi le déluge de sottises qu'un petit rentier de la radicalite parisienne a pris le temps d'écrire sur son blog à propos de mon Politique de la peur, il y avait, paraît-il (je ne l'ai pas lu, on m'a raconté), une intuition juste (à moins qu'il n'eût été bien renseigné): "ça sent", disait-il à propos de ce que je disais d'Eymoutiers, "l'achat d'une résidence secondaire". Sauf que, bien sûr, je n'ai pas les moyens de la résidence secondaire, et que me voici dans ma principale, débarrassé de mon 37m2 parisien que j'ai beaucoup aimé mais que la gentrification du quartier rendait toujours moins aisé à financer. Et comme je suis convaincu qu'il n'y a plus que quelques ploucs parigots pour croire qu'on "s'enterre" à la campagne, et que d'ailleurs l'opposition ville-campagne a cessé depuis longtemps d'avoir la moindre pertinence sur une planète en train de se transformer en banlieue universelle, j'ai eu ce privilège réservé à peu: la décision de déménager n'a pas été subie. Après, ce fut le trauma de l'empaquetage-dépaquetage de 30 années de vie et de lectures.
Bref, le vaste monde a continué de tourner sans que je donne mon opinion à ce sujet, mais ça ne va plus durer.

En attendant, ne coupons pas à la cérémonie des vœux…
Je souhaite… je souhaite d'abord aux inculpés de Labège de recouvrer la liberté au plus vite:


Déjà cinq semaines de détention « provisoire »
pour les inculpé-e-s de Labège !

Le 14 novembre dernier à Toulouse, une dizaine de personnes ont été interpellées au cours de la rafle menée par une centaine de gendarmes mobiles dans sept lieux d’habitation, et quatre d’entre elles sont depuis incarcérées à la maison d’arrêt de Muret.
Ils et elles sont, avec une autre jeune femme, poursuivis pour « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destruction ou de dégradations de biens » ; « violence commise en réunion sans incapacité » ; « dégradation ou détérioration du bien d’autrui commise en réunion ». Des chefs d’inculpation très lourds, au regard des faits qui leur sont imputés, et pour lesquels ils et elles nient toute participation –  l’action réalisée à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) de Labège, le 5 juillet dernier, par une dizaine de personnes qui ont déversé des excréments sur des bureaux et des ordinateurs, et laissé sur les lieux des tracts dénonçant à juste titre l’accentuation de la répression à l’encontre des mineur-e-s.
Depuis, quatre des personnes inculpées demeurent ainsi détenues sans que l’on sache pour combien de temps encore, et alors que le soutien matériel (argent, livres, vêtements, courrier) qui leur avait aussitôt été apporté est resté bloqué en tout ou partie pendant des semaines, de façon à les couper du monde extérieur et à faire pression sur elles pour les faire craquer. Par ailleurs, des prélèvements de leur ADN ont été effectués contre leur gré pendant leur garde à vue – le refus qu’elles y ont toutes opposé leur vaudra un procès le 9 mai prochain –, et le tribunal prétexte attendre le résultat de ces prélèvements pour les maintenir en détention en se gardant d’avancer la moindre date concernant leur libération.
La situation des « inculpé-e-s de Labège » rejoint en fait celle de nombreuses autres personnes placées en détention « provisoire » dans diverses geôles françaises pendant des mois et des mois (dernièrement à Paris et à Nantes). Les innombrables lois sécuritaires votées depuis une dizaine d’années – et appliquées en particulier à l’encontre d’une certaine jeunesse criminalisée sous les étiquettes « ultra-gauche » ou « mouvance anarcho-autonome » – permettent en effet à l’Etat français de s’asseoir désormais en toute légalité sur la « présomption d’innocence » censée être à la base de sa justice, créant un véritable délit d’opinion dans un silence presque parfait.
La solidarité montrée aux personnes qui se trouvent jetées dans le collimateur policier et judiciaire fait de plus facilement l’objet d’une répression violente. D’imposantes forces de gendarmerie mobile ont par exemple encerclé la manifestation organisée à Toulouse le 17 décembre en soutien aux « inculpé-e-s de Labège » en voulant disperser brutalement ses quelque 200 participant-e-s après les avoir soumis-e-s à un contrôle d’identité.
Que cette manifestation ait malgré tout et heureusement pu se tenir un peu plus tard prouve combien il est important de ne plus laisser faire.

Libération et arrêt des poursuites
pour les « inculpé-e-s de Labège » et d’ailleurs !

Premiers signataires :
Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux – antirep86@free.fr
Collectif liberté pour les inculpé.e.s du 15 novembre, Toulouse : nonalepm@riseup.net
Codelib (Comité de défense des libertés fondamentales contre les dérives sécuritaires), Saint-Nazaire : codelibsaintnazaire@gmail.com
Collectif contre les abus policiers (Clap), Bordeaux http://clap33.over-blog.com/
Caisse de solidarité Montpellier
Les amis de l'égalité, Blois,
Emancipation, tendance intersyndicale anticapitaliste et anti-autoritaire,  http://www.emancipation.fr             

Soutien financier pour les frais de justice et la cantine en prison : envoyez vos chèques
à l’ordre de « Maria », CAJ, c/o Canal Sud, 40 rue Alfred-Duméril, 31400 Toulouse.


Je souhaite que 2012 soit, par rapport à 2011, comme les grandes passions amoureuses, qui vont au-delà même des promesses qu'elles avaient éveillées en nous: que les révolutions arabes continuent de fermenter en allant jusqu'à remettre en cause le capitalisme parlementaire et le proconsulat militaire de l'empire, que la "crise économique" et celle du système nucléariste n'engendrent pas un surcroît de soumission et suscitent même bien plus que des sursauts de révolte, je souhaite qu'Occupy Wall Street connaisse des mutations et des approfondissements décisifs.
Je souhaite aux lecteurs de ce blog une année 2012 pleine d'amours ardentes, de fusions multitudinaires, de lectures transportantes, de révoltes brutes et de jouissances raffinées.
Et la santé, surtout, hein.

1 commentaires:

  1. Très heureux que tu ai retrouvé la lumière.
    C'est aussi mon cas. Nous avons quitté le pays du désespoir au ciel couleur "intérieur pot de chambre" comme l'écrit Flaubert, pour retrouver celui de l'espoir au ciel bleu.
    Réconfortant aussi de retrouver ton blog pour les nouvelles du vrai monde.
    Merci pour tes voeux.Je te souhaite exactement la même chose (c'est si bien formulé que ce serait une erreur de tenter de compléter)
    ps : En ville, le nouveau palais de justice est achevé. Les murs extérieurs sont peints en rose. Quel autre pays pourrait peindre les murs de son palais de justice en rose?

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